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28 janvier 2008

Face au déclin des ressources halieutiques, l'aquaculture ?

Face au déclin annoncé des stocks de pêche victimes de la sur-pêche, l'aquaculture et la mariculture sont-elles prêtes à prendre le relais ? Cette question, que je dois à Rosa, mérite bien une discussion. En 2006, Worm publiait dans la revue Science un article alarmiste annonçant la fin des ressources halieutiques d'ici 2048. "Quel que soit votre fruit de mer préféré, vous risquez bientôt de ne plus pouvoir en manger" annonçait-il dans ses interviews. Si cet article fait l'objet d'un débat chez les biologistes des populations marines, le spectre d'un effondrement des ressources halieutiques reste un sentiment partagé dans la communauté scientifique.

Pour remédier à ce déclin annoncé, et laisser les stocks se regénérer de manière durable, de nombreux spécialistes ont appelé au développement de l'élevage de poissons. Une filière représentant déjà 43 % des poissons consommés dans le monde. La FAO précaunise d'augmenter la production aquacole et maricole, estimant que la demande mondiale en poissons atteindra les 180 millions de tonnes en 2030. Pour répondre à cette demande sans augmenter les prises actuelles (95 millions de tonnes par an), il faudrait donc doubler la production actuelle aquacole (45,5 millions de tonnes, voir figure 1).
 
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Cependant, la production aquacole (et maricole) nécessite une forte consommation en nutriments. Rien de surprenant, il faut bien nourrir les poissons. Mais cette évidence devient un réel problème dans le cas de poissons carnivores, comme le thon, nécessitant un apport en farines animales marines. Et dans ce cas, il faut faire appel à la pêche minotière. Un cercle vicieux se dessine alors, surtout depuis que ces farines animales marines sont utilisées à la place des farines animales terrestres en élevage (suite à la vache folle). La compétition pour cette ressource minotière deviendrait particulièrement acharnée, et viendrait épuiser un maillon intermédiaire de la chaîne alimentaire marine.
 
La solution actuellement étudiée vise à nourrir les poissons d'élevage avec des aliments d'origine végétale. Mais ces recherches agronomiques sont assez longues à développer, en raison de la plus faible valeur nutritionnelle de tels aliments chez les poissons. Elles nécessitent donc de nombreuses études avant de combler toutes les carences nutritives pointées du doigt, et permettre de produire de beaux poissons ! 
 
De plus, les enclos en eaux naturelles peuvent créer de sérieux problèmes environnementaux. Les poissons ne vont pas manger tous les granulés, et rejeter des excréments organiques, pouvant entraîner une eutrophisation et une baisse de la teneur en oxygène du milieu : tombant des cages en mer ou en rivières pour se déposer sur les fond, les aliments sont dégradés par des micro-organismes consommateurs d’oxygène, tandis que les apports en azote et en phosphore est bénéfique à la prolifération d'algues, parfois toxiques. Il est donc nécessaire de savoir correctement gérer ce risque en contrôlant les apports, ou bien opter pour les bassins clos hors-sol (tankers par exemple). Mais là encore, il faut investir et proposer des techniques pointues d'aquaculture.
 
Enfin, dernière critique aux élevages en eaux naturelles, les poissons s'échappant des filets risquent-ils de nuire aux populations autochtones ? Supposons qu'une race particulière de saumon ou de truite soit élevée pour sa voracité et sa forte croissance, comment les échappés influenceraient la survie des espèces sauvages, lors de leur mise en compétition involontaire ? La même question a été posée pour les fameux saumons transgéniques, sans que de véritable réponse ait été encore apportée. Il me faudrait également parler de l'aquaculture des coquillages, ayant aussi ses tords écologiques (sédimentation du milieu, prolifération d'espèces importées par accident, etc ...).

En conclusion, tout n'est pas idéal en aquaculture, filière nécessitant un effort de recherche appliquée et de développement durable soutenu par nos politiques, pour être réellement productive et respectueuse de l'environnement. Peut-être, d'ailleurs, serait-ce aussi une solution de reconversion pour certains pêcheurs ? Les quotas étant basés sur des constats scientifiques, ils ne seront certainement pas changés par l'intervention démagogique de notre Président. Il est certainement temps de favoriser de réelles solutions, aussi bien environnementales qu'économiques et sociales. En ce sens, une aquaculture ayant résolu ses problèmes techniques et écologiques serait une alternative concrète.

24 janvier 2008

La guerre du thon

Comme notre Président Sarkozy est un homme d'action, il a passé la vitesse supérieure au quart de tour pour sauver la pêche française : on renégociera les quotas. Et tant pis si le pétrole continue de monter, que la filière est sinistrée aussi bien économiquement que socialement. Tant pis pour les données biologiques accumulées sur le risque de collapse des stocks de poissons.
 
Pour illustrer ce débat, voici le cas très précis des thoniers de Marseille. En pleine protestation sur les quotas de thon rouge, l'émission "strip-tease" réalisait un reportage fort. Loins de représenter la totalité des pêcheurs, ces grands personnages ouverts au dialogue vont vous montrer comment régler la question, amorçant un débat avec un autre organisme habitué au dialogue posé: Greenpeace. Je vous laisse imaginer le résultat !
 
Seconde partie de reportage, nos chers thoniers nous parlent des scientifiques, ces vendus d'Ifremer et des commissions européennes, bien sûr. Car un scientifique qui s'oppose à la sur-pêche n'est plus intègre, vous l'aurez compris !
 
Episode 1
 

 
Episode 2
 
Episode 3 

22 janvier 2008

Tel est pris qui croyait (me) prendre !

Reprise de ma série sur le changement climatique. Cette semaine, je reviens sur mon second billet « d’arrière-goût étrange » dans la bouche. Car cet arrière-goût, au lieu de se dissiper au fil de mes recherches sur le sujet, a tout simplement changé de goût !
Comment cela ? Tout simplement en passant du désagréable goût de la suspicion à celui tout aussi déplaisant de la duperie. Oui, duperie face aux écrits d’'Allègre, comme ceux tirés de « Ma Vérité sur la planète », dont je ne cesse de relever des erreurs trop grossières pour être véritablement honnêtes.
 
Quelques exemples de ces erreurs, tout d’'abord. Allègre a fait ces derniers temps des glaciers du Kilimandjaro l’'exemple type de disculpation du réchauffement climatique. En effet, il lie la fonte des glaciers de ce massif africain au soulèvement de plaques tectoniques, créant un changement des apports en vapeur d’eau.
Allègre a vu juste en séparant le cas des glaciers tropicaux des autres glaciers, puisqu’'un article de Pour la Science explique que le mécanisme principalement responsable de la fonte de ces glaciers est lié à la sublimation et à un abaissement des apports hivernaux en neige. Or la température au niveau des glaciers ne varie pas assez sensiblement pour relier le phénomène au réchauffement climatique. Ce qui est par contre à l’inverse le cas des glaciers alpins.
Mais la théorie tectonique ne tient pas debout, puisque entre cet événement et la formation des glaciers africains, il y a plusieurs millions d’années de décalage ! Alors que les glaciers disparaissent à vue d’œ'oeil humain, on ne peut relier logiquement la tectonique des plaques à ce phénomène.
 
Second exemple, bien plus inquiétant. Allègre conteste fermement le lien entre gaz carbonique et effet de serre. Parmi ses arguments-clés, une attaque en règle des indicateurs paléoclimatiques, mis en avant comme le seul argument d'une relation entre température et CO2. C’'est l’'un des premiers points que j’'ai cherché à éclaircir. Que sait-on de cette relation entre CO2, forçage radiatif et hausse des températures ? En fait, tout ceci ne sort pas du chapeau du GIEC, ni de simulations informatiques auxquelles Allègre est clairement allergique, mais de près de 150 ans de recherche en chimie analytique et géophysique ! Tout d’abord Tyndall, dans les années 1860, publia un article mettant en avant l’'absorption des rayonnements infra-rouges par la vapeur d’eau, le gaz carbonique ou encore le méthane. Une belle performance pour l’époque, qui permit même à l’auteur de supposer un rôle entre température de l’atmosphère et gaz absorbants. Le principe de l’effet de serre. Il faudra cependant attendre Arrhénius en 1899 pour que la relation entre CO2 et température soit plus nettement reliée, avec même une estimation de l’augmentation des températures en fonction de la teneur en CO2 très proche des valeurs données par le GIEC. Étant donné l’'importance de ces deux savants en science, comment Allègre peut-il les oublier aussi facilement ? Cela tranche totalement avec le ton du livre d’Allègre, qui à sa lecture appelle justement à la réflexion scientifique sur ces débats environnementaux !
 
La lecture du site RealClimate livre encore plus de contradictions entre publications actuelles et prose vulgarisatrice d’'Allègre, que je n'ai pas pu trouver pour le moment (il me faut encore potasser ma biblio pour les vérifier à mon tour). Si l'’image bonhomme du personnage et le ton engagé de ses textes le rendent à la fois pédagogue et intègre, je doute désormais sérieusement de son honnêteté scientifique sur la question climatique. Au début de son chapitre consacré à la question, Allègre veut insister sur ls autres facteurs de réchauffement que le CO2. Il fustige ensuite les données paléoclimatiques en oubliant de citer les travaux de Tyndall et d'Arrhénius, et critique ensuite la relation CO2 -> température en lui préférant l'inverse. En oubliant une partie des travaux sur le sujet, on ne peut qu'aller dans son sens. Puisqu'il n'apporte aucun élément permettant de valider l'hypothèse CO2 -> température ! Il ne parle pas non plus du fait que le dégagement de CO2 amplifie une tendance au réchauffement. Un élément très important que les données paléoclimatiques apprennent.
 
Dans sa quête scientifique afin de disculper l’'action de l’'homme sur le réchauffement climatique actuel, Allègre en viendrait-il à brouiller les pistes ? Sommes-nous, une fois de plus, dans une politique de désinformation volontaire ? Est-ce ainsi, Mr Allègre, que vous voulez répondre à Mr. Gore, que vous qualifiez de « truand » ? Et si, dans le fond, vous n'’en étiez pas un aussi, Mr. Allègre ? ...
 
Corrections apportées au texte à 23h50 le même jour de publication.

21 janvier 2008

Bt et apiculture Bio

Merci à un lecteur du blog "Passion Maïs" qui m'apporte la précision suivante :

En apiculture biologique, un produit à base de bactérie B.t. est commercialisé "100 % biologique, inoffensif pour les abeilles".

http://www.vita-swarm.com/fiche_b401.html

L'argument voulant attribuer le syndrome de disparition des colonies d'abeilles au maïs OGM est bien entendu désormais largement réfuté. Et bien que vous présentant qu'une petite note aujourd'hui il me faut rajouter que ce syndrome d'effondrement des colonies est multi-factoriel, certainement lié à la pression de parasites, virus, et à la dégradation de la santé des abeilles victimes de produits phyto-sanitaires. Si le sujet vous intéresse je pourrai vous rajouter des liens dans les commentaires.

17 janvier 2008

Agriculture Biologique pour tous ? La FAO dément !

Depuis quelques mois, les blogs de tendance écologiste relayent un avis de la FAO sur l'agriculture biologique, la jugeant capable de subvenir aux besoins de la planète.

Il semblerait que ces propos, attribués à la conférence internationale sur l'agriculture biologique de mai 2007, n'aient jamais été tenus. Selon "Alerte Environnement", le fameux communiqué de presse ayant alors circulé était un faux. Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, a ainsi déclaré dernièrement : « La FAO n’avait aucune raison de croire que l’agriculture biologique puisse remplacer les systèmes agricoles traditionnels, pour garantir la sécurité alimentaire mondiale ». 

Bigre ! Si l'information est confirmée, nous aurions affaire à une belle preuve d'intox idéologique, à ranger aussi bien dans les mensonges d'écologistes radicaux que dans les discours biaisés de certains industriels. Qui n'a pas été indigné par les déclarations de Total jugeant que le procès de l'Erika rendrait les routes maritimes "moins sûres" ? La désinformation est hélas monnaie courante dans le débat environnemental.

 

10 janvier 2008

OGM : vers un gel du débat scientifique

La Haute Autorité sur les OGM vient de livrer son avis d’expert sur la question du maïs transgénique MON 810. Emettant des doutes sérieux sur ce cultivar de Monsanto, le Gouvernement (enfin, Notre Président) pourrait bien faire valoir notre droit auprès de l’UE afin d’interdire la culture de MON 810 en France.

Mais qu’est-ce que la Haute Autorité reproche au MON 810 ? Les dépêches d’agence de presse relayent pour le moment les trois arguments suivants : le maïs serait dangereux pour l’écosystème, il y aurait risque de résistance des insectes-cibles (pyrale et sésamie), et enfin il y aurait dissémination du transgène jusqu’à 100 km (!) (en rédigeant ce billet, les infos à la radio ont annoncé de 100 km à plusieurs centaines de km en l’espace d’une heure !).

Première réaction à chaud de ma part sur cette annonce, avant même que la décision finale de Sarkozy soit tombée, j’émets à mon tour de sérieux doutes sur l’avis de cette nouvelle commission.

L’impact sur les écosystèmes a été particulièrement discuté ces dernières semaines, suite à la publication d’un article mettant en avant une toxicité de la protéine Bt sur les insectes aquatiques étudiés. Les auteurs notaient que jusqu’alors, seules les Daphnies (petits crustacés) avaient été suivies, étant des organismes-modèles en écotoxicologie aquatique. Mais la mise en évidence de cette toxicité n’a rien d’étonnant, vu que la protéine Bt est un insecticide. Testez un produit agrochimique équivalent, vous obtiendrez les mêmes conclusions. De même en agriculture biologique où le principe actif de la toxine Bt est utilisé. Parallèlement à cette étude aux résultats tout de même discutables, il faudrait citer le fait que le Bt est plus sélectif que les traitements insecticides classiques, qu’il respecte plus la biodiversité en champ (comparaison positive avec des traitements chimiques) et qu’enfin il permet de réduire sensiblement l’utilisation de produits phytosanitaires en champ, bien plus polluants.

Quant à la résistance des insectes-cibles, la Haute Autorité n’a rien découvert de nouveau. En sélection agronomique classique aussi, les nouveaux cultivars résistants finissent par devenir sensibles aux parasites et pathogènes (exemple frappant du Colza …). De même pour les insecticides chimiques. Et de même pour l’agriculture biologique utilisant des extraits bactériens Bt (et donc la toxine Bt) ! Ce n’est pas un argument in fine.

Enfin, la dissémination sur (plus de ?) 100 km, énorme surprise, alors que les flux de gènes mesurés ne dépassent pas les … 100-200 mètres. Au-delà, les teneurs tombent sous le seuil de détection. D’où sortent donc ces nouvelles données complètement en opposition avec la bibliographie la plus récente ? Il n'y a décidément qu'en France où l'on peut lire que cultures OGM et conventionnelles ne peuvent pas cohabiter !

Si le maïs MON 810 est définitivement « gelé » en France, il n’y aura que peu d’arguments solides pour justifier ce choix. D’ailleurs, si l’argument en faveur des écosystèmes aquatiques est retenu, il faudra également l’appliquer à l’agriculture biologique et intensive pour être parfaitement intègres. Sinon, pourquoi taper que le MON 810 ? Peut-être parce que le lobbying écologiste est désormais le seul à peser auprès du Gouvernement dans ce débat. Si l’on peut encore parler de débat sur les OGM en France.

06 janvier 2008

OGM : appel contre le moratoire

Je relaye ici la pétition lancée par 7 scientifiques en opposition à un Moratoire sur le Maïs "MON 810" en France, seul OGM actuellement cultivé en plein champ pour le commerce sur notre territoire :

http://nonaumoratoire.free.fr/ 

La cohabitation des cultures de maïs conventionnel, de maïs génétiquement modifié et de maïs produit selon le cahier des charges de l’agriculture biologique est possible. Elle est déjà une réalité dans de nombreux pays. Une décision de suspension de la culture des maïs GM, qu'elle dise son nom ou qu'elle soit dissimulée derrière des mesures réglementaires discriminatoires - et donc dissuasives - n'aurait aucune justification scientifique car elle ne s'appuierait que sur des incertitudes imaginaires voire mensongères tant sur le plan environnemental qu'alimentaire. Une telle décision serait en contradiction avec le principe de précaution.

Sont à l'initiative de cette déclaration :

  • Michel Naud, président de l'Association française pour l'information scientifique (AFIS)
  • Jean-Paul Krivine, rédacteur en chef de Science et pseudo-sciences
  • Louis-Marie Houdebine, directeur de recherche, INRA
  • Marcel Kuntz, directeur de recherche, CNRS
  • Yvette Dattée, directeur de recherche, INRA
  • Philippe Joudrier, directeur de recherche, INRA
  • Marc Fellous, professeur des universités, Université Paris VII

 

03 janvier 2008

Cyclones et changements climatiques

Tout le monde a encore à l’esprit les terribles ouragans de 2005 et 2007, les images apocalyptiques de la Nouvelle-Orléans au lendemain du passage de Katrina, ou encore la fulgurante montée en puissance de Félix cette année. Face à la montée en puissance de ces fléaux météorologiques que sont les cyclones, de nombreux scientifiques ont pointé du doigt les effets du réchauffement climatique. A tord ou à raison ? La réalité est peut-être bien une réponse de normand ! …


Les cyclones sont de terribles tempêtes naissant au-dessus des eaux tropicales et sub-tropicales. Elles apparaissent en été, lorsque l’irradiance solaire absorbée par la surface de l’océan est restituée sous forme de chaleur et de vapeur d’eau. Des cumulus s’accumulent alors, formant des orages, et pouvant engendrer un mouvement de convection à l’origine du cyclone.

Depuis quelques temps, le nombre et la puissance des cyclones de l’Atlantique Nord (nous nous limiterons à cet exemple) semble augmenter de manière inquiétante. Une situation mise en relation avec le réchauffement climatique, qui en augmentant la température à la surface des eaux, favoriserait l’apparition de cyclones.

Le nombre de cyclones augmente-t-il sensiblement ? Actuellement, les archives météorologiques les plus fiables sur ce sujet remontent jusqu’à 1970, date de la mise en service du suivi satellite des cyclones. Lorsque l’on regarde l’évolution du nombre de cyclones sur la période 1981-2007 (figure 1), on obtient un histogramme peu convainquant. En effet, le nombre d’événements cycloniques, dépressions et tempêtes tropicales incluses, semble légèrement augmenter au fil des décennies, mais plusieurs années viennent contrarier cette tendance, notamment 1982-1983, 1986, 1992-1994, 1997-1998, 2002, 2004 et 2006.

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Comment expliquer ces baisses parfois brutales dans notre histogramme ? Il faut ajouter à notre raisonnement un autre événement météorologique : le phénomène ENSO, ou El Niño Southern Oscillation. Schématiquement, El Niño c’est quoi ? Il s’agit d’une phase anormalement chaude des eaux de surface du Pacifique Ouest, entraînant un déplacement de ces eaux très chaudes (plus de 28°C) vers le centre du bassin, une diminution de la pression atmosphérique à la surface de la mer en Pacifique Est et un cisaillement des vents, diminuant les vents alizés (voire les renversant). L’inverse se produit lors d’un événement La Niña. El Niño agit sur tout le climat tropical de la planète. Il va contrarier les saisons cycloniques en Atlantique, en raison des effets de cisaillement du vent.

Conséquence, pour chaque événement El Niño, il devrait y avoir réduction du nombre de cyclones dans l’année. Et c’est le cas. 82-83 a été l’événement El Niño le plus intense du siècle, 86, 92-94 et 97-98 sont aussi des événements El Niño, et enfin 2002, 2004 et 2006 sont des événements de faible amplitude.

Nous avons donc montré comment un phénomène météorologique connu interagit sur le nombre de cyclones en Atlantique Nord. Qu’en est-il maintenant de l’intensité de ces cyclones ? Lorsque l’on regarde la figure 2, qui distingue par un code couleur les catégories de cyclones lors des 13 dernières saisons, il apparaît que depuis 2003, les cyclones de catégorie 5 sont beaucoup plus réguliers. La saison 2006 a été moindre, en raison de l’événement El Niño, mais elle reste flanquée de deux saisons alarmantes, dont le record de 2005.

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De plus, les relevés de température à la surface de l’océan montrent une hausse depuis une dizaine d’année. Augmentation avérée, et dont la cause serait le réchauffement climatique. L’intensité des cyclones étant liée au réchauffement des eaux de surface, ne voici pas là un élément inquiétant du dossier ?

Reste cependant à savoir comment l’événement El Niño se conduit face au réchauffement climatique. La question fait actuellement débat. Les événements 2002, 2004 et 2006, de faible importance, pourraient traduire, de part leur succession inhabituelle, des changements des conditions moyennes dans le Pacifique tropical (sources : IRD). Or, ces changements sont-ils le résultat d’une évolution naturelle aux échelles de temps décennales, ou bien traduisent-ils une réponse au réchauffement climatique ? Et si El Niño est affecté par le réchauffement climatique, quelle sera sa réponse ? Assisterons-nous à une amplification ou à une réduction de l’intensité des événements ?

Les prochaines saisons cycloniques nous permettront d’en apprendre plus sur l’évolution du climat en Atlantique Nord. Si le réchauffement des eaux de surface augmente l’intensité des cyclones, qu’en sera-t-il de leur nombre ? Aurons-nous des cycles plus courts d’ El Niño, de plus faible amplitude, et donc une plus forte alternance de saisons cycloniques fortes (tempêtes et ouragans nombreux et intenses) puis un peu plus faibles (petit nombre d’ouragans à force variable) - tendance 2002-2007, ou bien un tout autre scénario se dégagera-t-il ?
 
Bibliographie consultée : Pour La Science, Août 2007 ; Sites Internet : IRD, IFREMER. Sources des données : Wikipedia (english version).

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