03 janvier 2008

Cyclones et changements climatiques

Tout le monde a encore à l’esprit les terribles ouragans de 2005 et 2007, les images apocalyptiques de la Nouvelle-Orléans au lendemain du passage de Katrina, ou encore la fulgurante montée en puissance de Félix cette année. Face à la montée en puissance de ces fléaux météorologiques que sont les cyclones, de nombreux scientifiques ont pointé du doigt les effets du réchauffement climatique. A tord ou à raison ? La réalité est peut-être bien une réponse de normand ! …


Les cyclones sont de terribles tempêtes naissant au-dessus des eaux tropicales et sub-tropicales. Elles apparaissent en été, lorsque l’irradiance solaire absorbée par la surface de l’océan est restituée sous forme de chaleur et de vapeur d’eau. Des cumulus s’accumulent alors, formant des orages, et pouvant engendrer un mouvement de convection à l’origine du cyclone.

Depuis quelques temps, le nombre et la puissance des cyclones de l’Atlantique Nord (nous nous limiterons à cet exemple) semble augmenter de manière inquiétante. Une situation mise en relation avec le réchauffement climatique, qui en augmentant la température à la surface des eaux, favoriserait l’apparition de cyclones.

Le nombre de cyclones augmente-t-il sensiblement ? Actuellement, les archives météorologiques les plus fiables sur ce sujet remontent jusqu’à 1970, date de la mise en service du suivi satellite des cyclones. Lorsque l’on regarde l’évolution du nombre de cyclones sur la période 1981-2007 (figure 1), on obtient un histogramme peu convainquant. En effet, le nombre d’événements cycloniques, dépressions et tempêtes tropicales incluses, semble légèrement augmenter au fil des décennies, mais plusieurs années viennent contrarier cette tendance, notamment 1982-1983, 1986, 1992-1994, 1997-1998, 2002, 2004 et 2006.

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Comment expliquer ces baisses parfois brutales dans notre histogramme ? Il faut ajouter à notre raisonnement un autre événement météorologique : le phénomène ENSO, ou El Niño Southern Oscillation. Schématiquement, El Niño c’est quoi ? Il s’agit d’une phase anormalement chaude des eaux de surface du Pacifique Ouest, entraînant un déplacement de ces eaux très chaudes (plus de 28°C) vers le centre du bassin, une diminution de la pression atmosphérique à la surface de la mer en Pacifique Est et un cisaillement des vents, diminuant les vents alizés (voire les renversant). L’inverse se produit lors d’un événement La Niña. El Niño agit sur tout le climat tropical de la planète. Il va contrarier les saisons cycloniques en Atlantique, en raison des effets de cisaillement du vent.

Conséquence, pour chaque événement El Niño, il devrait y avoir réduction du nombre de cyclones dans l’année. Et c’est le cas. 82-83 a été l’événement El Niño le plus intense du siècle, 86, 92-94 et 97-98 sont aussi des événements El Niño, et enfin 2002, 2004 et 2006 sont des événements de faible amplitude.

Nous avons donc montré comment un phénomène météorologique connu interagit sur le nombre de cyclones en Atlantique Nord. Qu’en est-il maintenant de l’intensité de ces cyclones ? Lorsque l’on regarde la figure 2, qui distingue par un code couleur les catégories de cyclones lors des 13 dernières saisons, il apparaît que depuis 2003, les cyclones de catégorie 5 sont beaucoup plus réguliers. La saison 2006 a été moindre, en raison de l’événement El Niño, mais elle reste flanquée de deux saisons alarmantes, dont le record de 2005.

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De plus, les relevés de température à la surface de l’océan montrent une hausse depuis une dizaine d’année. Augmentation avérée, et dont la cause serait le réchauffement climatique. L’intensité des cyclones étant liée au réchauffement des eaux de surface, ne voici pas là un élément inquiétant du dossier ?

Reste cependant à savoir comment l’événement El Niño se conduit face au réchauffement climatique. La question fait actuellement débat. Les événements 2002, 2004 et 2006, de faible importance, pourraient traduire, de part leur succession inhabituelle, des changements des conditions moyennes dans le Pacifique tropical (sources : IRD). Or, ces changements sont-ils le résultat d’une évolution naturelle aux échelles de temps décennales, ou bien traduisent-ils une réponse au réchauffement climatique ? Et si El Niño est affecté par le réchauffement climatique, quelle sera sa réponse ? Assisterons-nous à une amplification ou à une réduction de l’intensité des événements ?

Les prochaines saisons cycloniques nous permettront d’en apprendre plus sur l’évolution du climat en Atlantique Nord. Si le réchauffement des eaux de surface augmente l’intensité des cyclones, qu’en sera-t-il de leur nombre ? Aurons-nous des cycles plus courts d’ El Niño, de plus faible amplitude, et donc une plus forte alternance de saisons cycloniques fortes (tempêtes et ouragans nombreux et intenses) puis un peu plus faibles (petit nombre d’ouragans à force variable) - tendance 2002-2007, ou bien un tout autre scénario se dégagera-t-il ?
 
Bibliographie consultée : Pour La Science, Août 2007 ; Sites Internet : IRD, IFREMER. Sources des données : Wikipedia (english version).